Numérique et présidentielle 2017 :
le rendez-vous manqué

A trois reprises en moins d’un mois, tous ceux qui comptent dans le monde du numérique hexagonal, depuis l’ACSEL jusqu’au Syntec Numérique en passant par CroissancePlus, auront tenté de mettre le sujet au cœur des débats présidentiels.

La première tentative a été celle du Collectif France Numérique 2017 composé de huit associations représentatives de l’écosystème numérique qui avait invité le 9 mars dernier les prétendants à la présidence de la République à participer à un Colloque sur “les présidentielles et le numérique”.

Le 22 mars suivant, à la Maison de l’Alsace sur les Champs Elysées, c’est au tour de la fondation Digital New Deal, le « think tank 2.0 » à l’origine du « Pacte Numérique » de tenter, 48h. après le “Grand débat” sur TF1, d’obtenir des candidats qu’ils affichent publiquement leur vision du futur numérique.

Ultime tentative des professionnels du numérique pour obtenir des engagements de la part des candidats, celle des organisateurs de la plateforme « Hacking 2017 » qui s’est tenue le 28 mars dernier dans un Théâtre des Variétés littéralement bondé.

Autant d’opportunités à saisir par les candidats et leurs équipes de campagne ; autant d’occasions manquées qui augurent mal du sérieux de leurs promesses en matière numérique. Aucun candidat n’a en effet daigné répondre à ces invitations répétées, à l’exception d’Emmanuel Macron qui s’est manifesté, lui, à deux reprises, dont une physiquement le 28 mars, pour “hacker le hacking” (sic) alors qu’il était prévu qu’il soit représenté par son porte-parole, Mounir Mahjoubi.

Ni Benoît Hamon, ni Marine Le Pen, ni Jean-Luc Mélenchon, ni même François Fillon — qui était pourtant annoncé mais s’est décommandé à la dernière minute —, n’ont daigné venir plancher en personne devant les experts du numérique qui s’étaient déplacés très nombreux pour les entendre, plus précisément les « interpeler » comme l’a précisé Godefroy de Bentzmann, le président de Syntec Numérique, dans ses propos liminaires.

A défaut d’envoyer leurs avatars pour être « virtuellement présents » à deux endroits comme s’y était essayé avec succès Jean-Luc Mélenchon le 5 février ou une courte allocution vidéo comme l’avait fait Emmanuel Macon le 9 mars, ils ont confié à leurs représentants en charge des volets numériques (Nicolas Hazard pour Benoît Hamon, Enora Naour pour Jean-Luc Mélenchon, Philippe Murer pour Marine Le Pen et Hervé Novelli pour François Fillon), le soin de défendre leurs programmes respectifs.

En fait de programme numérique, les porte-paroles des candidats ont surtout débattus entre eux de mesures techniques et d’une fiscalité susceptible d’encourager l’innovation et le développement des start-up.

La campagne n’est pas tout à fait terminée, mais presque, et ne devrait plus nous réserver beaucoup de surprises.
Je n’en attends personnellement plus grand-chose comme je m’en suis ouvert devant les hommes et les femmes du numérique réunis le 28 mars par France Digitale, l’ACSEL, Croissance Plus, et Syntec Numérique et dans les tweets envoyés depuis: “vraie question soulevée dans ce débat #Hacking2017, mais les programmes suffisent-ils à compenser des prises de parole inexistantes?”.

Un sentiment partagé à la tribune par Benoit Thieulin, ancien président du Conseil national du numérique et fondateur de La Netscouade récemment racheté par OPEN, qui a souligné qu’il existait un écart entre le programme des candidats et leurs prises de position publiques : « Les programmes contiennent des mesures intéressantes, mais on reste sur notre faim car dans les débats, on ne parle pas des sujets numériques ».

Il est inutile, à mon sens, de défendre devant un auditoire acquis l’idée, au demeurant exacte, selon laquelle « le numérique n’est pas un secteur mais une force de transformation du monde qui imprègne toutes les activités ». On perd son temps à vouloir prêcher des convaincus. C’est le grand public, ce sont les électeurs, qu’il faut convaincre.

C’est à eux qu’il faut parler positivement du numérique et de son pouvoir de transformation, et non de manière négative comme cela a été trop souvent le cas, notamment lors du débat télévisé du 20 mars. Les français ont besoin d’être rassurés, d’être mis en confiance vis-à-vis du numérique. De ce point de vue, on est loin du compte.

Le gouvernement fait l’inverse de ce qu’il faudrait en annonçant le 28 mars dernier que le fichier centralisé regroupant les données d’identité de 60 millions de Français serait élargi à toute la France, malgré les nombreuses critiques, dont les miennes, des acteurs du numérique.

Cette décision ne peut qu’inquiéter une population déjà sujette au syndrome Big Brother et qui ne voit pas d’un bon œil la perspective d’être ainsi surveillée, fichée.

C’est le sens de ma question aux candidats à la présidentielle 2017 restée à ce jour sans réponse: quelles actions sur la transformation numérique des PME ? Que va devenir le fichier TES ?

Le grand débat télévisé du 4 avril que j’ai suivi avec attention est venu confirmer mes craintes. Les 11 candidats à la présidentielle qui ont pu confronter leurs points de vue pendant 4 heures de temps ont fait référence à 11 reprises au numérique, aux nouvelles technologies, à la robotique, à la cyber sécurité ou encore à la cyber défense sans pour autant répondre aux questions de fond qui continuent de se poser.

Inquiétant pour l’avenir numérique de notre pays !

C’est de cette inquiétude dont s’est fait l’écho lors de Hacking 2017 Marie Ekeland, co-présidente de France Digitale : « là où la société s’est emparée des outils numériques, les institutions et représentants politiques restent en retard. II manque une vraie vision politique. Le numérique est une opportunité pour sceller un nouveau pacte social et sociétal« .

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