La transformation numérique des entreprises, une nécessité vitale ou un simple « phénomène de mode » ?

La question mérite en effet d’être posée à l’aune de deux études récentes qui se sont attachées à mesurer le degré de maturité numérique des entreprises et de leurs dirigeants.

Ces études qui s’appuient l’une comme l’autre sur des méthodologies éprouvées livrent des conclusions particulièrement contrastées qui ont de quoi étonner, notamment quand elles établissent l’existence d’une prise de conscience très hétérogène de la nécessité et de l’intérêt même de la transformation numérique.

L’enquête « eCAC 40 » qui a été réalisée pour la troisième année consécutive par « Les Echos Business », à laquelle j’ai été associé en tant qu’expert, constate qu’il y a une nette prise de conscience par les grands groupes de la nécessité de la transformation numérique.

Engie, Orange et la Société Générale figurent en tête du palmarès 2016 des sociétés du CAC 40 qui ont le plus progressées sur le chemin de leur transformation numérique au vu de la centaine de critères définis par Gilles Babinet au nombre desquels on trouve le niveau de maîtrise technologique, l’ouverture sur un écosystème numérique ou encore la culture digitale.

A contrario, le sujet de la transformation digitale, régulièrement présenté comme un élément primordial de la transformation de l’économie et de son adaptation au numérique, est encore loin de faire l’unanimité, en particulier chez les dirigeants de TPE et de PME, qui se montrent réfractaires à toute réflexion sur le sujet, inconscients qu’ils sont des enjeux de la transformation numérique.

47 % d’entre eux considèrent que la transformation digitale est un simple « phénomène de mode », comme tel éphémère, et deux dirigeants sur trois ne perçoivent pas le caractère stratégique de ce « phénomène » pour leur entreprise.

La conscience de l’importance de la transformation numérique semble être inversement proportionnelle à la taille de l’entreprise. C’est du moins ce qui ressort de la 10e vague de l’enquête de l’Observatoire social de l’entreprise (PDF) réalisée par le Centre des études supérieures industrielles (Cesi) en partenariat avec l’Institut Politique de Sondages et d’Opinions Sociales (Ipsos) et Le Figaro, étude qui a porté sur 1 000 salariés du secteur privé et 404 chefs d’entreprise.

10e_vague

Ces résultats pour étonnants qu’ils puissent paraître en première analyse ne me surprennent pas vraiment comme j’ai déjà eu l’occasion de m’en expliquer à plusieurs reprises.

Tous secteurs d’activité confondus, je fais pour l’essentiel le même constat que celui que livrent ces études et arrive donc aux mêmes résultats :

  • 1/3 des entreprises ne se sentent pas concernées par ces questions de transformation numérique, n’en voient ni l’intérêt et encore moins la nécessité ;
  • 1/3 trouvent ces questions intéressantes, mais demandent encore à être convaincues ; elles estiment manquer encore d’éléments probants quant aux bénéfices à en attendre ;
  • 1/3 ont compris quel était l’enjeu, se transforment ou s’y préparent sans toujours savoir très bien comment procéder pour mener à bien leur projet de transformation numérique.

On ne saurait se satisfaire d’une telle situation. D’aucuns la qualifieront de catastrophique ; je la juge pour ma part alarmante. Si rien n’est fait pour changer la donne et inverser ces proportions, c’est un pan entier de l’économie française qui voit son pronostic vital engagé faute d’avoir pris au sérieux le diagnostic posé par Bill Gates dans La route du futur (Éd. Robert Laffont, 1999) : « je crois que le réseau deviendra un jour le grand magasin planétaire ».

Nous y sommes et force est de constater avec Elisabeth Bargès, directrice des politiques publiques de Google France, que notre « balance commerciale du clic est déficitaire » : 59 % des Français achètent sur Internet alors que seulement 11 % des entreprises françaises vendent sur Internet ! Cette différence que l’on ne retrouve pas en Allemagne ou en Grande-Bretagne n’est pas bonne pour les professionnels qui ratent des opportunités commerciales.

A ce point, je tiens à rendre hommage au travail remarquable d’enquête terrain et de benchmark auquel s’est livré le Conseil National du Numérique. Le CNNum a en effet su, dans les délais très courts que lui avait fixés le gouvernement dans sa lettre de saisine, prendre ce sujet de la transformation numérique des PME à bras le corps et apporter des réponses à la hauteur des enjeux.

Le Plan d’action national échafaudé par les experts du CNNum définit plusieurs pistes d’actions dont 5 considérées comme prioritaires. Deux de ces pistes détaillées dans le rapport remis cet automne au gouvernement « Croissance connectée / Les PME contre-attaquent » (PDF) me paraissent particulièrement bienvenues :

  • La première, sensibiliser les PME de telle sorte qu’elles prennent conscience de la nécessité de se transformer en se mettant à l’école des grandes entreprises qui ont « longtemps connu les mêmes difficultés » qu’elles et sont prêtes à les accompagner trouvant elles-mêmes un intérêt à « chasser en meute ».
  • La seconde, donner aux PME les moyens de réussir leur transformation numérique, en mobilisant à leur service des compétences clés, par exemple celles d’un chief digital officer (CDO) capable de définir la manière de mettre en œuvre la transformation numérique de l’entreprise tant sur les plans fonctionnels autant que stratégiques.

Dans cette lutte pour leur survie, les PME françaises, contrairement aux idées reçues, ne sont pas si démunies que cela :

  1. la transformation digitale nécessite du leadership et de l’agilité. Les PME par leur taille intrinsèque répondent davantage à ces critères que les plus grosses sociétés :
    • le patron de PME est directement connecté aux opérations, leur structure leur permet de se transformer plus complètement
  2. grands groupes et PME doivent apprendre à porter ensemble cette transformation numérique.
    • Les rapports entre PME et grands groupes doivent être organisés de telle sorte que leurs fonctionnements respectifs favorisent cette transformation.
    • Désormais, ils peuvent « chasser en meute ». Le numérique est de ce point de vue une formidable opportunité : il rabat les cartes.
  3. Cette nouvelle collaboration doit être poussée dans des business models.

L’ère qui s’ouvre est, à tous égards, plus en phase avec le génie propre de notre pays et sa culture. Contrairement aux Allemands qui avaient misé massivement sur l’informatique dans les années 2000, la France a l’occasion de sauter une étape et, en sauvant ses PME, de « devenir un modèle pour le monde développé » si l’on en croit John Chambers, président de CISCO, invité du « Grand témoin-Le Figaro », pour autant que nos « grandes entreprises apprennent ici à travailler avec les start-ups ».

 

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Illustration : FreeImages.com/Hugo Humberto Plácido da Silva.

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