La conférence franco-allemande sur le numérique, une occasion manquée ?

Tribune publiée également sur observatoire-fic.com

Une Europe en avance dans le numérique n’est pas seulement un rêve : ce doit être un objectif constant de nos politiques, des patrons d’entreprises. La stratégie européenne semble néanmoins prendre un certain temps à se mettre en place, comme souvent, et c’est sans doute pour cela que la France et l’Allemagne ont décidé de prendre le taureau par les cornes en réunissant le 27 octobre à Paris une conférence sur le numérique.

Si elle a eu le mérite de prouver une volonté politique réelle de la part de nos dirigeants, la circonspection reste de mise sur les débouchés de cette grand’messe. La conférence a en effet pris trois grands axes de décisions : le premier est du lien entre industrie du futur et Industrie 4.0, qui vise à porter la numérisation dans l’ensemble de l’économie. Le second vise à augmenter les capacités de financement de nos pays pour les start-ups, pour leur permettre de grandir et de concurrencer d’autres places de marché. Le troisième axe veut fournir un cadre à l’économie numérique. Autant d’idées qui vont plutôt dans le bons sens. Et pourtant, la conférence semble avoir eu de grands oublis quand on regarde d’un peu plus près ses conclusions.

Cette conférence n’a, d’abord, pas tellement cherché à s’appuyer sur ce que nous faisons, des deux côtés du Rhin, le mieux, nos PME et ETI. Les ETI allemandes et les PME françaises sont pourtant la colonne vertébrale de nos économies, le lieu de la majorité des embauches – les propositions de la Chancelière Angela Merkel, du Président de la République et du rapport conjoint du Conseil national du numérique et de son équivalent allemand se concentrent sur les jeunes pousses, ces start-ups qu’on ne veut pas voir partir outre Atlantique. La création d’un fonds d’investissement va bien sûr dans le bon sens mais elle laisse de côté la majorité de ceux qui font la croissance de l’Allemagne et de la France. Même remarque pour la création d’un statut unifié de jeune entreprise européenne : pourquoi n’y inclure que les start-ups, alors que ce sont bien souvent des entreprises un peu plus anciennes qui vont à l’assaut des marchés voisins ? Les actions se concentrent, aussi, sur l’industrie, l’automatisation, les objets connectés, alors que, quitte à afficher une volonté d’indépendance vis-à-vis de certaines grandes entreprises américaines, nous aurions tant à apporter en matière de cyber-sécurité, de gestion des données massives et dans les services numériques, dans lesquels nous sommes tellement en avance, dans le BtoB plutôt que dans le BtoC.

La conférence a vu aussi l’annonce de la création d’une académie franco-allemande pour l’industrie du futur : l’idée est excellente, là encore, mais elle oublie qu’aujourd’hui, le problème majoritaire n’est pas tant du côté de la recherche que du côté des vocations à faire du numérique. C’est dans nos écoles qu’il faut aller chercher les ingénieurs, les docteurs en informatique de demain, des hommes et des femmes (surtout !). Un autre bon point de départ aurait pu être également de proposer un CIR franco-allemand qui se serait construit sans agrément.

Nos politiques ont également annoncé vouloir proposer un cadre pour l’économie numérique : il s’agirait de proposer un label commun pour la sécurité de l’informatique en nuage et de réguler les plates-formes. Mais, en avançant seules pour inciter l’Europe à suivre leurs traces, la France et l’Allemagne prennent le risque d’isoler nos espaces économiques, sans être sûres que les choix qu’elles feront seront à même d’atteindre les objectifs, de protection de la vie privée ou d’indépendance économique.

Alors, peut-être cette conférence du 27 octobre était-elle un lancement, l’aube d’une initiative que nous pourrons, industriels, société civile, enrichir de nos idées, de nos pistes concrètes pour faire progresser l’ensemble des vingt-huit Etats membres de l’Union Européenne. Peut-être permettra-t-elle d’engager une politique du numérique pour la croissance. Nous le souhaitons et nous l’appelons de nos vœux mais demandons à nos gouvernements d’entendre leurs industriels pour créer une stratégie numérique à même de donner à l’économie numérique l’élan dont elle a besoin.

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