Le numérique est toujours « terra incognita » en France

Même si nous avons déjà les yeux rivés sur 2014, cette période de l’année est traditionnellement propice aux bilans. Je ne dérogerai pas à la règle et, ce qui ne devrait pas vous surprendre, je le ferai à l’aune du numérique.

C’est avec une très grande satisfaction, comme je l’avais indiqué lors de la présentation par François Hollande des « 34 plans industriels », que je vois des pans entiers de l’industrie française pénétrer dans l’ère du numérique rendant obsolète la dialectique passée opposant l’industrie aux services.

En favorisant l’innovation et la diffusion des technologies numériques dans l’ensemble de l’économie par une politique industrielle qui ne se limite pas à l’étroit segment de la haute technologie mais au contraire privilégie l’usage, notre pays s’adapte aux caractéristiques et aux défis des économies fondées sur le savoir.

Si je salue la digitalisation croissante de toute notre économie, je déplore par contre qu’en dépit des efforts de tous la « culture numérique » qui figurait pourtant en bonne place dans l’agenda présidentiel n’ait pas progressé davantage cette année et reste encore trop cantonnée dans une frange de la population, certes de plus en plus nombreuse, mais encore trop limitée en nombre.

Force est en effet de constater que la culture de la transformation numérique se développe à un rythme beaucoup moins soutenu qu’escompté par les industriels du secteur. Si l’on ne corrige pas de manière volontariste la trajectoire en jouant sur les bons leviers, à commencer par le système éducatif, je ne vois pas que la situation puisse s’améliorer, du moins à brève échéance.

Nous courons plutôt le risque, en comparaison avec les autres pays, de voir la France continuer à s’enfoncer dans les bas du tableau des classements internationaux, quoique l’on pense par ailleurs de ces classements et, en particulier, des biais méthodologiques introduits comme ceux liés à la construction d’une échelle de compétences et l’algorithme d’estimation des scores à ces échelles.

Les résultats de la dernière étude du Programme international de suivi des élèves (Pisa) réalisée par l’OCDE sont à cet égard éloquents qui placent Shanghaï à la première place.

Les performances testées par l’enquête PISA des élèves français en mathématiques et lecture sont comparativement parmi les moins bons du panel. Ces résultats sont corroborés par ceux d’une autre étude de l’OCDE publiés en novembre dernier qui montrent que la France accuse une perte rapide de compétences, et cela à tous les niveaux, ce qui nuit à sa compétitivité globale.

http://www.usine-digitale.fr/article/former-au-numerique-un-enjeu-d-efficacite-economique-et-d-insertion-sociale.N223436

Il est encore temps, collectivement, de réagir. Le choix du déclin n’est pas une option, même si certains s’y complaisent. Aussi proposons-nous au président de la République qui a bien voulu solliciter notre avis de faire entrer la France de plein pied dans ce « nouveau monde » qui nous attend en propageant méthodiquement la culture numérique.

Ce monde qui vient est en effet encore, pour trop de nos concitoyens, une « terra incognita». Il faut aller au-delà de la simple acculturation au numérique. Aujourd’hui, seuls les « digital natives », ceux qui ont grandi dans un environnement numérique depuis leur naissance, maîtrisent les codes de ce nouveau monde qui est en train de casser les codes des ères précédentes.

C’est parce que cette culture du numérique leur fait défaut, que le parlement a voté sans sourciller l’article 13 de la loi de programmation militaire qui crée, sous couvert de généraliser la cyber surveillance, une brèche dans le contrôle démocratique des données.

http://lecercle.lesechos.fr/entreprises-marches/high-tech-medias/internet/221186541/lpm-et-confiance-numerique-si-viens-numeriqu

Pour que la fracture numérique ne se creuse pas davantage et éviter que ne se reproduisent pareilles aberrations qui font perdre confiance dans le numérique, nous préconisons la mise sur pied d’une filière de formation Informatique et Numérique qui permettra de remettre à niveau les compétences du plus grand nombre et dés lors de renouer avec le leadership que la révolution industrielle de la fin du 19 ème siècle nous avait donné.

N’est-ce pas ce que nous pouvons nous souhaiter de mieux au seuil de l’année prochaine.

Avec tous mes bons vœux.

Une réflexion sur “Le numérique est toujours « terra incognita » en France

  1. Bonjour et merci pour ce blog,

    Vous évoquez les « digital natives ». Cette notion même, aujourd’hui à la mode, est très discutable. Elle ne résulte que de l’acquisition précoce d’un savoir-faire. Dans son livre « Contre le colonialisme numérique; Manifeste pour continuer à lire » Roberto Casati explique de manière nuancée pourquoi. L’engouement constaté des « Papy »s et « Mamy »s pour les tablettes digitales le démontrent maintenant chaque jour et les concepteurs/vendeurs de ces outils digitaux feront le nécessaire, soyons en sûr, pour que leur produits ne soient pas achetés que par une seule frange de la population.
    Challenge à réussir avec le soutien de tous les acteurs!

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