Ma réponse à Clara Gaymard : «L’industrie revient au cœur du débat»

Voici ma réponse suite à l’article de Clara Gaymard dans le Figaro Economie.

Clara Gaymard

Clara Gaymard, présidente de General Electric France. (Crédits photo: AP)

Chère Clara Gaymard,

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt l’interview que vous avez accordée és qualités de présidente de General Electric France, au Figaro et qui a été reprise en pleine page de son supplément économie daté du 6 octobre sous un titre qui ne pouvait pas me laisser indifférent : « l’industrie revient au cœur du débat ».
Je suis très admiratif de la foi qui vous anime et de la passion avec laquelle vous cherchez à mobiliser en faveur d’une politique industrielle forte et je la partage. Vous prêchez d’ailleurs d’exemple. En faisant l’acquisition de Converteam, GE affiche en acte et pas seulement en parole sa croyance dans l’industrie en France, même si notre pays n’est pas aussi compétitif que votre groupe pourrait le souhaiter.

Pour autant, vous redoutez, dites-vous, un possible ralentissement de l’activité industrielle dans notre pays. L’industrie, tous secteurs confondus, serait menacée de déclin faute de mesures volontaristes qui viseraient à la renforcer. Il conviendrait, selon Eric Besson, de « protéger » l’industrie française « pour préparer l’avenir » selon ses propres mots.

J’ai par contre plus de mal à vous suivre quand, pour donner corps à ce plan d’ambition, vous estimez nécessaire comme d’autres s’y sont essayés en leur temps, d’opposer le monde des services, « l’économie de l’immatériel », au monde de la production : « je me suis toujours inscrite en faux, dites-vous, contre l’idée qu’un pays mature doit passer de l’agriculture à l’industrie et de l’industrie aux services ».

Je souhaite vous alerter sur les conséquences indirectes que peuvent avoir vos propos. L’industrie du numérique, intégrée à tort dans la catégorie des « services », sert en fait de « vache à lait » dans la défense de l’industrie traditionnelle et ce au risque de lui faire perdre toute compétitivité.
J’en veux pour preuve l’arbitrage qui a été réalisé sur la suppression de la taxe professionnelle. Cette taxe qui handicapait certainement l’industrie s’est transformée en une taxe sur la valeur ajoutée pénalisant fortement les entreprises du numérique basées par définition sur la création d’emplois et sur la haute valeur ajoutée.
De plus, les différents empilements de taxes portent pour l’essentiel sur le type d’emplois que nous créons et la liste serait longue si on y ajoutait les fonds de péréquation (ex celui de la formation) qui alourdissent systématiquement le fardeau au détriment de cette valeur ajoutée.
Comble du paradoxe, ce sont les PME/ ETI du secteur IT qui souffrent le plus des arbitrages rendus au bénéfice de l’industrie traditionnelle. Or ce sont ces entreprises qui sont le fer de lance de l’innovation.
Une part non négligeable de la valeur ajoutée et de la compétitivité française de l’industrie traditionnelle provient précisément des « services » du numérique : on le doit à cette forme particulière d’ingéniosité que l’on retrouve notamment parmi les salariés de notre Branche qui manient le « click » et le « mortar ».

Loin de s’imposer sur les ruines de l’industrie, ces « travailleurs de l’immatériel » viennent au-contraire s’appuyer sur les forces vives de l’industrie pour développer les solutions innovantes que vous embarquez ensuite dans vos activités manufacturières.
Ces services contribuent fortement à l’excellence française et aucun de ses tenants ne défendrait aujourd’hui l’idée absurde qui a eu pourtant cours, mais pas chez nous, d’une « France sans usines ». La France qui gagne c’est, vous le savez aussi bien que moi, celle qui sait faire des choix gagnants, qui a des idées, et qui travaille à leur réalisation en s’en donnant les moyens (les investissements d’avenir font partie de ces grandes idées).
C’est sans doute ce que vous vouliez dire quand vous nous invitez à prendre garde à la désindustrialisation et à « choisir ses secteurs d’excellence ».

Je partage avec vous, chère Clara, cette forte conviction et compte à mon tour sur vous pour nous aider à gagner le pari de l’intelligence, celui de l’ingéniosité française. Ce combat nous est commun même si nous utilisons des moyens différents pour y arriver. C’est en mariant les services à l’industrie que nous serons forts. Nous obtiendrons ainsi une industrie du futur forte et un futur pour notre industrie.

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