Innovation : « Mobilisation générale »

Alors que viennent de s’achever à Avoriaz les rencontres de Croissance Plus consacrées au thème de l’innovation, que sort tout juste de presse la première édition du nouveau Tableau de bord de « l’Union de l’innovation » qui permet de mesurer la performance des Etats membres de l’UE en matière d’innovation et que les noms des cent premiers laboratoires d’excellence lauréats du grand emprunt ont été dévoilés par le Premier ministre, je souhaite partager avec vous mes convictions sur ce sujet d’actualité.
Je ne peux pas me satisfaire de voir notre pays pointé à bon droit du doigt par la Commission européenne du fait de ses médiocres performances en matière de R&D, encore moins de le voir figurer dans le bas du tableau des pays réputés innovateurs.
Au sein du Tableau de bord de l’Union de l’innovation (TBUI) présenté par la Commissaire en charge de l’innovation, Máire Geoghegan-Quinn, comme un élément essentiel de la stratégie « Europe 2020 », notre Pays occupe en effet un rang moyen du point de vue de l’innovation, le 10ème sur 27 avec la Suède en tête, suivie du Danemark et de la Finlande. L’Allemagne se situe en quatrième position, suivie du Royaume-Uni, de la Belgique, de l’Autriche, de l’Irlande, du Luxembourg et de la France.

Ne nous voilons pas la face devant ce tableau en demi-teinte qui reflète, que cela nous plaise ou non, une triste réalité dont Bernard Charles, Directeur Général de Dassault Systèmes, a pris acte dans un entretien récent qu’il a accordé aux Echos: « aujourd’hui, on manque de rêves en France.» Il faut, poursuit-il, « retrouver le goût du rêve, fixer de nouvelles frontières, de nouveaux projets, et engager une véritable dynamique d’innovation ».
Comment ne serions-nous pas d’accord avec ce programme qui est aussi celui que le Ministre de l’industrie, de l’énergie et de l’économie numérique, Eric Besson, a fixé aux acteurs de la Conférence nationale de l’industrie à laquelle nous sommes associés: présenter d’ici mai prochain un diagnostic partagé et des propositions sur la manière de combler le retard de la France en termes de R&D, d’innovations de rupture et de compétitivité.

Quitte à donner à ce programme un nouvel horizon, pour ne pas retomber, demain, dans les mêmes ornières et en prenant le parti de faire clairement le choix de devenir une économie de conception, une société résolument tournée vers l’innovation.
Ma conviction c’est que nous devons penser l’innovation autrement: l’innovation ne peut plus se limiter à la seule recherche, fut-elle appliquée, et aux brevets comme cela a été principalement le cas en France où elle est encore trop souvent centrée sur la seule innovation technologique alors qu’une des clés de la compétitivité c’est, précisément, notre faculté à imaginer de nouveaux usages. Ces « innovations d’usage » devront pouvoir à leur tour être évaluées.

La Mission Ecoter qui réunit collectivités locales, institutionnels et entreprises sur des thématiques voisines des nôtres vient à ce propos de publier un Guide en forme de Vade Mecum, préfacé par Eric Besson, dont je ne saurais trop vous recommander la lecture : Innovation et usages du numérique, pour quelles politiques territoriales ? Enjeux et initiatives. Cet ouvrage vous apportera un éclairage précieux sur les enjeux et pratiques innovantes liés aux usages du numérique.

Il vient utilement compléter le rapport publié par McKinsey le 9 mars dernier qui permet d’appréhender pour la première fois le poids économique de l’écosystème web et de mesurer l’impact d’internet. Au seul titre de l’usage qui en est fait, internet permet de réaliser 15% en moyenne de gains de rentabilité. Le potentiel de la filière serait selon les auteurs de ce rapport encore sous-utilisé.

Télécharger le rapport ici : http://internet-impact.fr/internet_impact_rapport_mcKinsey&company.php

Le volet numérique du programme des investissements d’avenir prévoit justement d’allouer 4250 M€ afin d’accélérer la diffusion des TIC sur le territoire français. Il ne trouvera selon nous sa pleine efficacité que si des politiques de services et d’usages se mettent en place à côté des politiques industrielles traditionnelles. La performance économique de notre pays dépend désormais de la capacité de ses entreprises de service, de conseil et d’ingénierie à gérer et utiliser les nouvelles connaissances.

Comme le fait justement remarquer Julia Cagé, Professeur à Harvard et à l’Ecole d’Economie de Paris, « ce qui est grave aujourd’hui, ce n’est pas le déclin de la production industrielle, mais le retard du pays en matière d’innovation. La France n’invente pas,…s’obstine à rester spécialisée dans des secteurs anciens. » (La Tribune du 1er mars 2011).
En nous invitant à « repenser en profondeur les priorités de l’économie » et à « comptabiliser dans les services, non dans l’industrie, la plus grande part des activités de conception et d’innovation » cette universitaire nous fait partager la vision élargie de l’innovation qui est la sienne, intégrant les innovations de processus et de modèles économiques, la créativité et les nouveaux usages. L’exemple type d’une innovation qui intègre toutes ces dimensions est l’iPhone, un produit plus cher que le téléphone et dont les ventes pourtant explosent, la valeur d’usage et les multiples applications disponibles expliquant ce succès commercial.

Qu’est-ce qui nous interdit de reproduire à l’échelle de la France ce qu’une entreprise comme Apple a su faire et capturer ainsi sur notre propre territoire la valeur d’innovation, à l’évidence bien supérieure au bénéfice de production correspondant? Notre Ministre de l’Economie, des Finances et de l’Economie, Christine Lagarde, nous en fait d’ailleurs une ardente obligation : « Nous devons impérativement sortir des sentiers battus de la pensée applicable à l’innovation. »

Si vous avez suivi mon raisonnement, peut-être vous demanderez vous avec moi s’il était aussi urgent que cela de se donner comme objectif prioritaire de « réindustrialiser la France » au détriment des services de…l’innovation. C’est pourtant le résultat de la réforme de la taxe professionnelle qui a allégé de 32% la facture fiscale de l’industrie en augmentant violemment celle de notre secteur par la création de la Contribution sur la Valeur Ajoutée.
Quand notre président déclare : « il n’existe pas de services sans industrie » il défend à juste titre la présence d’une industrie forte dans notre pays mais il omet de dire qu’il n’existera plus d’industrie sans les services des NTIC et qu’il existe aussi une industrie de l’immatériel qui est comptabilisée dans les services.
Dans une France qui doit prendre davantage conscience de ses chances et de ses atouts, qui sait pouvoir compter sur le dynamisme de ses entreprises, notamment de toutes celles qui ont partie liée avec la connaissance, l’Etat a aussi un rôle à jouer pour aider au déploiement des usages des NTIC dans les entreprises et au soutien d’une filière numérique forte que la réforme de TP a fragilisée.

Or l’Etat ne valorise pas assez les usages issus de notre industrie, en particulier pour sa partie immatérielle (logiciels et services informatiques destinés aux entreprises), contrairement à l’internet grand public. Ainsi, par exemple la prise en compte du web au sein de la filière énergétique française changerait le modèle économique qui prévaut actuellement et permettrait de « gérer la demande d’électricité» différemment. Même constat pour le secteur de la santé.

Quelques chiffres illustrent le retard pris par la France en matière de diffusion des usages numériques professionnels alors même que notre pays est la 3ème économie de l’UE:

– En 2009, sur les 15 pays constituant le groupe « UE 15 », la France était seulement au 12ème rang en matière de nombre d’entreprises ayant un site web, au 11ème rang pour celles ayant un réseau local, et au 9ème rang pour le nombre d’entreprises dont les salariés utilisent régulièrement Internet ;

– Sur les 2,8 millions d’entreprises en France, seulement 1,5 millions sont équipées d’au moins une solution logicielle pour leur gestion ;

– On estime que l’utilisation moins performante des TIC dans l’économie française ces 10 dernières années explique pour moitié le différentiel de croissance du PIB de 1,5 point entre l’économie française et celle des Etats-Unis ;

– Le Canada a réduit sont déficit budgétaire et ramené son endettement sous la barre des 40% du PIB grâce à l’utilisation des Technologies de l’Information.

La France doit s’inspirer de ces exemples étrangers et l’Etat favoriser une politique de développement des usages au bénéfice d’un numérique fort pour une économie plus compétitive.

J’aurai l’opportunité de développer ces thèmes à la conférence d’ouverture de l’IT FOR BUSINESS Forum le 7 Avril à Courchevel en présence d’Eric Besson.

Une réflexion sur “Innovation : « Mobilisation générale »

  1. Bonjour Guy,

    On ne peut évidemment qu’être d’accord avec tes propos sur l’innovation, et spécialement dans les services. Quand l’on sait que la taxe professionnelle coûte aujourd’hui près de 1% de profitabilité à toute société de notre secteur, ne peut-on pas faire de ce sujet un des chevaux de bataille « officiel » de notre lobbying 2012 ? 1% sur des REX de l’ordre de 5 % en moyenne, c’est amputer considérablement la capacité d’innovation de nos sociétés …

    Bien à toi,

    Tristan

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